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Le corps conscient

Stage d'été d'Aikishintaiso et Shodo 2017

Du 17 au 21 juillet 2017, Kobayashi kinen aikidojo, à Bourg-Argental : stage dirigé par Cognard [Suite]

Le corps conscient

Aikishintaiso au lac de garde, Italie 2017

les 24 et 25 juin 2017, à Castello di Brenzone, au bord du Lac de Garde, Italie. Stage dirigé [Suite]

Le corps conscient

Aikishintaiso à Bourg-Argental 6, 7 et 8 mai 2017

les 6, 7 et 8 mai prochains, Kobayashi kinen aikidojo, à Bourg-Argental : stage dirigé par [Suite]

Le corps conscient

Le corps conscient

Renaître par le geste Certains livres se parcourent avec avidité, d’autres se lisent [Suite]

J’ai testé l’Aikishintaiso

Article paru dans le magazine Alternative Bien-Etre d’octobre 2014

Autour des arts martiaux existe une tradition de médecine énergétique dont la source principale est la médecine chinoise. L’Aikishintaiso, une pratique reliée à une forme d’Aikido, propose une lecture et une discipline du corps peu commune dans le but de se libérer des déterminismes douloureux. Je m’y suis essayé.

Août 2014, Bourg Argental, un village des monts du Pilat dans la Loire. C’est ici que les représentants de l’Aikishintaiso, André Cognard et son épouse Anne, reçoivent leurs stagiaires. Le dojo, de la taille d’un petit gymnase est niché dans un parc aménagé à la japonaise avec son Tori – portail de bois traditionnel peint en rouge – et son temple shintoïste. Dans l’élégant vestibule habillé de bois, chacun retire ses chaussures sur une dalle de ciment parsemée de pierres plates. Le plancher qui suit n’accepte que les pieds nus. Passé le vestiaire où j’enfile mon dogi, le vêtement de tous les pratiquants d’arts martiaux, je parviens sur le seuil de la salle où, imitant les autres participants, je m’incline selon la tradition en direction du kamiza, hôtel disposé le long du mur est, face à l’entrée en l’honneur de maître Kobayashi Hirokazu, disciple direct du fondateur de l’aikido, puis je pose le pied gauche sur le tatami. Je me dirige vers l’angle gauche de la salle en longeant le mur. Un participant m’explique comment m’agenouiller en seiza, l’assise traditionnelle japonaise pour un nouveau salut en direction de la photo de maître Kobayashi : l’orteil gauche est placé sur le droit, les genoux légèrement écartés, les fesses posées sur les talons ; on salue en inclinant le front en direction des mains posées à plat, pouces contre pouce, index contre index. Ce rituel précis a notamment pour but d’élever le pratiquant à la vigilance, celle-là même qui était de mise à l’entrée au champ de bataille du temps des samouraïs !

Les points qui tuent sont les points qui guérissent

Sauf qu’ici, il ne s’agit plus de guerroyer mais de se faire du bien. Selon le Kappo Seppo, une tradition de soins énergétiques à laquelle maître Kobayashi fut initiée, les points qui tuent sont aussi les points qui guérissent. L’aikishintaiso, tout comme l’aikido de maître Kobayashi auquel il est relié, convoque une connaissance millénaire, issue de l’ésotérisme zen et du bouddhisme dans le but d’améliorer l’équilibre psychosomatique par l’entremise de la mécanique corporelle – chaînes musculaires, articulations, organes – ainsi que de l’énergie et de la sensibilité. Pour l’aikishintaiso, toutes les tensions corporelles sont liées à des traumatismes physiques ou psychologiques et expriment l’inconscient de la personne. Contrainte par ces tensions, la posture réflexe de tout un chacun « mime littéralement ce qui ne peut être pensé », indique André Cognard.

Anne Cognard qui dirige la pratique entre dans la salle : nouveaux saluts à la japonaise. Elle s’assoit en seiza face aux 25 élèves du stage. Nouveau salut des élèves alignés. Le cours commence dans un silence emprunt de solennité. Premier exercice de la matinée : la marche du cadeau à lempereur. Il s’agit d’un déplacement lent, jambes repliées, dos vertical, mains ouvertes face à la poitrine, en réduisant au minimum les déplacements verticaux et latéraux. A première vue, l’exercice semble simple à exécuter. Mais il va falloir maintenir la posture dans la durée. Les minutes s’écoulent, silencieuses, concentrées. J’ai les cuisses qui chauffent. Passé un temps d’ajustement, j’éprouve enfin un relatif confort. C’est alors qu’Anne Cognard s’approche de moi et me suggère à mi-voix de fléchir plus nettement les hanches. Presque aussitôt, une forte chaleur inonde mon thorax. La sueur me monte au cou. L’instant d’après, mon buste est en nage. L’exercice n’est pas franchement pénible mais il est diablement intense. Mes sensations corporelles mobilisent entièrement mon attention. Surtout, je ressens une forte pression dans la colonne dorsale. C’est comme un coup de poing dans le dos qui me donne l’impression que mon sternum s’ouvre en deux. Etrangement, cette intensité est joyeuse. Il me semble la percevoir chez les autres stagiaires, tous très silencieux, comme recueillis.

L’exercice se termine. Nouvel alignement des élèves. Nouveau salut.

Je me lève, vaguement nauséeux

Anne Cognard nous explique brièvement un autre mouvement : sayo-otoshi. Une stagiaire aguerrie nous fait une démonstration, assise en seiza. Ses bras sont posés sur le milieu de ses cuisses, paumes vers le ciel. Sa tête est droite, le buste au-dessus des hanches dans le même plan vertical que son bassin, lui-aussi vertical. Elle balance le buste de gauche à droite et inversement sans bouger le bassin, créant un arc de cercle régulier depuis le sacrum jusqu’au sommet du crâne. Nouveaux saluts. C’est à nous. Pendant quinze minutes, je m’applique aux balancements de sayo-otoshi. A l’image de la plupart des gestes d’aikido, la précision d’un tel mouvement résiste à la description. Il doit être montré par un pratiquant avancé, reproduit par l’élève en miroir puis corrigé par l’instructeur afin de limiter au minimum les compensations que les débutants ne manquent pas de mettre en œuvre dans le but – inconscient – de ménager leurs efforts. Historiquement, il semble que sayo-otoshi trouve ses origines dans le zazen, la pratique méditative assise japonaise. D’après maître Kobayashi, il permet de « s’équilibrer entre ses aspirations contradictoires et d’intégrer les discordances existant entre les discours parentaux ». Sur le plan physique, il met en mouvement l’énergie bloquée dans l’abdomen responsable de pathologies intestinales.

Fin de l’exercice. Je me lève, vaguement nauséeux. Après les salutations d’usage, nous revenons à la marche du cadeau à l’empereur avec le jo – un baton un peu plus gros et lourd qu’un manche à balai – posé sur la tête. La vigilance monte encore d’un cran. Paradoxalement, la détente et la sérénité aussi…

Fin du cours. Inclinations respectueuses en direction d’Anne Cognard et de la photographie de maître Kobayashi. Place à présent à la théorie. Cognard Hanshi alias maître André Cognard, sexagénaire à la stature imposante, apparaît sur le seuil du dojo. Nouvelles inclinations en seisa direction du co-fondateur, avec maître Kobayashi, de la discipline qu’il transmet. Là où son maître d’aikido enseignait par le geste et dans le silence, André Cognard a formalisé un langage, au croisement des sciences humaines et de la physiologie qui révèle la profondeur insoupçonnée de cette pratique et permet de former d’autres enseignants.

D’un seul regard, il avait pris connaissance de pans entiers de ma biographie !

Six mois plus tôt, lors d’une première rencontre, il m’en résumait les fondements. Afin d’illustrer son propos, il s’était mis à détailler une certaine manière réflexe de positionner l’épaule gauche, traduction physique d’un mode particulier de relation au père. Sans me regarder, entre la poire et le fromage, il analysait ma propre posture et la problématique qu’elle sous-tendait. Et j’étais bien obligé de me reconnaître dans les deux ! D’un seul regard, cet homme avait pris connaissance de pans entiers de ma biographie ! « Cette lecture n’a aucune portée thérapeutique en elle-même », me précisa-t-il. « Cest le travail postural par lui-même, strictement codifié, qui amène progressivement le corps à stabiliser ses appuis et ses différents axes, à harmoniser ses chaines musculaires, à déverrouiller les différentes tensions qui lhabitent. Quand ces verrouillages se lèvent, ils passent à la conscience psychique via des rêves, des prises de conscience, des changements de comportement ou même de conditions existentielles. Ce passage signifie lintégration des conflits et leur résolution. » Le but de l’aikishintaiso est élevé : Mettre fin à la souffrance. A tout le moins accéder à une plus grande liberté intérieure. Infléchir les parcours qui vont de douleurs en douleurs et se libérer des déterminismes…

Le cours qui suit est destiné à des pratiquants avancés et à des enseignants. Cognard Hanshi y détaille plusieurs clés de lecture de la posture et leur correspondances émotionnelles, voire transgénérationnelles. Puis il explique les effets de la marche du cadeau à l’empereur et de sayo-otoshi. Le « Sayo-otoshi », explique-t-il, « travaille notamment sur les saturations du foie, lesquelles sont liées à des colères inconscientes. Une pratique longue de 30 minutes peut provoquer des crises hépatiques. Les gens deviennent jaunes, vomissent ou perdent connaissance ».

Il s’en est fallu de peu que je gaspille mon petit-déjeuner… Le stage se poursuit entre pratique, théorie et lectures de postures pour les enseignants.

Le lendemain midi, je demande à André Cognard s’il est possible de donner au lecteur d’Alternatif Bien-Etre un mouvement ou une posture qu’ils pourraient reproduire à titre d’initiation, il me conseille la marche du cadeau à l’empereur que j’ai apprise la veille. « Au Japon, des historiens des arts martiaux ont étudié des techniques familiales secrètes, transmises par chaque clan à la descendance », me raconte-t-il. « Ils ont constaté qu’aujourd’hui, presque personne n’est capable de reproduire ces techniques. » Or traditionnellement, les samouraïs marchaient non en attaquant le sol du talon mais en glissant sur l’avant du pied et ce sans opposer bras et jambes. Cette marche glissée, appelée marche namba, est parfois mimée par les jeunes japonais, fascinés par l’univers des samouraïs. « Après avoir entraîné des volontaires à la marche namba à titre expérimental, il a été observé un retour des capacités psychomotrices qui les ont rendu capables de réaliser de nouveau ces techniques anciennes. La marche du cadeau à lempereur est une version accentuée de la marche namba… »

Un sentiment de maîtrise et de liberté

Après deux jours de pratique, je repars quelque peu courbatu mais heureux. La nuit est sereine, très réparatrice pour mon corps peu aguerri à ces exercices. Au petit matin je fais un rêve inhabituel, particulièrement clair. Je possède deux chevaux dont une écuyère s’occupe et qu’elle monte à ma place. Je demande à chevaucher moi-même l’animal à la robe noire. Elle me prévient qu’il est particulièrement fougueux et difficile à maîtriser. Je le monte malgré ses avertissements. Je suis surpris de sa petite taille. Nous partons en balade. Je ne rencontre aucune difficulté. En cheminant, je m’aperçois qu’il répond quand je lui parle, comme un être humain intelligent et censé. Il m’explique pourquoi il ne galope pas malgré ma demande : Le terrain est trop caillouteux et accidenté. Si je veux aller vite, m’indique-t-il, il nous suffit de passer sur la route parallèle au chemin. De retour à l’écurie, je vois l’écuyère le visage fermé. Elle a pris ombrage de ma relation privilégiée avec le cheval… Je me réveille avec un sentiment de maîtrise et de liberté. Précisément l’un des buts de l’Aïkishintaiso ! La coïncidence est frappante. J’en parle à un ami enseignant d’Aikido dans l’ouest de la France qui m’a pour la première fois parlé de cette pratique. « Jai eu aussi de grands rêves, du pire cauchemar au rêve de vol en plein ciel », me dit-il. « Principalement quand je suivais des cycles dAPAT (Cf. Comment pratiquer laikishintaiso) où la pratique individuelle est quotidienne ». L’enrichissement des rêves est courant chez ceux qui découvrent l’Aïkishintaiso. Et l’interprétation n’a pas grand chose à voir avec celle de Freud… Dans l’ésotérisme japonais, le corps est perçu comme conscient. La conscience psychique n’est qu’un aspect de la conscience. Ce continuum corps-esprit est une explication valable de la capacité d’une pratique assidue de l’aikishintaiso de réguler des situations émotionnelles et existentielles comme en témoigne Magali, 48 ans, pratiquante depuis un an et qui a débuté en pleine tourmente personnelle à la suite d’une divorce. « Au fil des jours témoigne-t-elle, jai ressenti une énergie qui gainait ma volonté. Depuis que je pratique, je vis de manière plus décontractée quauparavant. Très vite, jai vu sapaiser mes peurs. Jai acquis une confiance en moi nouvelle, une sérénité sans orgueil. Et puis jai rencontré lhomme de ma vie…» Au travers de son témoignage, je perçois l’un des mécanismes de l’aikishintaiso. En relâchant les différentes tensions du corps, l’énergie nécessaire pour maintenir ces tensions devient disponible pour autre-chose. Guillaume, 37 ans, me confirme cette compréhension : « Après un an de pratique, je récupère mieux la nuit et mon temps de sommeil sest réduit. » Plus étonnant : « Une hypertension oculaire quon mavait diagnostiquée dix ans plus tôt a disparu comme par enchantement. Et je nai pas fait autre-chose de nouveau que de pratiquer laikishintaiso… »

Quelques explications

Pratiquer la marche du cadeau à l’empereur

L’Aikishintaiso est une pratique évolutive. Les postures prescrites aux pratiquants changent régulièrement afin de les amener à déverrouillage progressif de ses stases énergétiques selon une progression strictement codifiée. Parmi les nombreuses postures et gestuelles de l’Aikishintaiso, la marche du cadeau à l’empereur a des effets correctifs profonds sur la posture naturelle. C’est l’une des seules qui peut être pratiquée quotidiennement et en continu sans danger.

Placez-vous debout, pieds parallèles très légèrement écartés

  • Fléchissez nettement les chevilles, les genoux et les hanches tout en gardant le dos et le visage verticaux,
  • Placez vos mains ouvertes devant vous à la hauteur des pectoraux, pointes des doigts gauche et droite tournées les unes vers les autres et légèrement relevées, coudes et poignets légèrement fléchis,
  • Les épaules sont relâchées et les coudes peu écartés,
  • Déplacez-vous en faisant glisser un pied vers l’avant sans que le talon dépasse les orteils du pied opposé.
  • A chaque mouvement des pieds, c’est l’avant du pied qui attaque le sol en glissant et non le talon.
  • Déplacez-vous lentement en essayant de garder les yeux toujours à la même hauteur et en limitant au minimum les déplacements laté Vous pouvez fixer un point devant vous pour vous y aider.
  • Quand vous devez tourner, maintenez le corps toujours à la même hauteur.
  • Le centre de gravité doit être le plus bas possible tout en gardant le dos droit.

Durée de la marche : 10 minutes en continu. 20 minutes possibles si vous êtes à votre aise. Une pratique quotidienne est indiquée pour des effets durables.

Effets : Correctement exécutée, c’est à dire sans compenser la flexion des hanches par une courbure du dos ni compenser la droiture du dos par une limitation de la flexion de la hanche, la marche du cadeau à l’empereur, provoque un afflux d’énergie dans le haut du corps qui peut se traduire par une chaleur intense et une sudation subite. Surtout, elle provoque fréquemment une douleur au niveau des muscles ou de la colonne dorsale qui peut résonner en vis-à-vis, jusque dans le sternum. Ces douleurs sont un passage obligé. Selon André Cognard, elles sont un écho de la douleur ressentie par le fœtus lors des premières contractions utérines dans le processus d’accouchement. La conséquence sera une réorganisation de la posture et de la marche dans le sens d’une meilleure économie d’énergie, comme si l’on avait revisité l’apprentissage de la marche avec les capacités d’un adulte.

Comment pratiquer l’aikishintaiso ?

La pratique de l’aikishintaiso est ouverte à tous, pratiquants d’aikido ou non, à partir de seize ans, sans contre-indication. Elle est adaptée aux capacités physiques de chacun, y compris en cas de handicap.

L’Aikishintaiso peut se pratiquer de deux manières différentes :

  • sous forme de cours hebdomadaires d’1h30 avec un instructeur qui propose une série de mouvements et de postures pour le groupe entier.
  • Sous la forme d’un cycle A.P.A.T. (Atelier personnalisé d’Aikishintaiso) Les ateliers comportent 6 séances consécutives, réparties sur une anné Lors de ces séances l’enseignant effectue un relevé de posture de chaque personne. Après analyse, il lui donne une prescription de pratique quotidienne comportant 3 postures de dix minutes chacune. Généralement, un cycle A.P.A.T. peut démarrer à la date de votre choix, en accord avec l’enseignant.

 

Article paru dans le magazine Alternative Bien-Etre d’octobre 2014