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Le corps conscient

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AikidoJournal 48, l’aikishintaiso (partie 1)

AikidoJournal 48Article paru dans la revue AikidoJournal numéro 48, du 30 novembre 2013
Reportages » Le point de vue d’André Cognard

L’aïkishintaiso (Partie 1)

C’est un plaisir pour moi de répondre à la demande de Horst à propos de l’aïkishintaiso. Je vais devoir faire l’historique de mon apprentissage et exposer quelques idées qui dévoileront une partie du travail de Kobayashi sensei bien peu connue.

En 1977, j’étais engagé de toutes mes forces dans ma pratique avec Sensei, j’avais le sentiment de tout donner, de me consacrer à la voie comme j’en avais toujours rêvé quand, au cours d’un repas, cette question tomba de sa bouche, comme une pierre dans la mare trop calme de mes illusions : « Avez-vous réellement l’intention de faire de l’aikido ? » La question me semblait incompréhensible parce qu’elle était précisément adressée à moi qui avais mis ma pratique au centre de ma vie, qui lui avais déjà sacrifié beaucoup, qui ne pensais qu’à cela et en fonction de cela. Je dois dire qu’entendre cette phrase fut un vrai choc, comme s’il m’était reproché de ne pas faire assez, comme si j’étais un être incomplet, comme si je manquais à mon devoir d’élève. Je répondis néanmoins que j’avais « réellement l’intention de » et sa réponse alors me laissa perplexe : « Il faut donc vous mettre à l’aikitaiso ». J’allais objecter que je pratiquais le kihon1 régulièrement, que je le montrais à chaque cours mais je me tus car je compris qu’il me parlait d’autre chose. Il avait cet air, que je lui connaissais déjà, qu’il prenait quand il allait dire quelque chose d’important et qui était pour moi le signal du silence et de l’écoute. « Vous ne pourrez être un authentique enseignant si vous ne savez pas vraiment qui vous êtes. Avec l’aikitaiso, vous pouvez connaître votre destin2 parce que vous pouvez tout savoir de votre histoire ». L’essentiel venait d’être dit : connaître le passé pour préparer l’avenir en vivant pleinement le présent, c’est-à-dire en conscience.

Il parla encore pendant longtemps et j’entendis pour la première fois parler des relations symboliques existant entre notre corps et notre vécu relationnel. Il parla de karma et de giri, mêlant à l’envie des concepts psychanalytiques et la tradition. Je me souviens, par exemple, qu’il insista ce jour là sur le genou et ce qu’il nommait le « complexe maternel ». Ces deux choses semblaient extrêmement liées dans son explication et ce lien conditionnait toutes les autres relations. Il parla d’œdipe. Il me fallut une bonne décennie pour décrypter sa vision de la fonction symbolique du genou. Mémoire de la relation archétypale, celle du sujet avec sa mère, il condense des éléments de la mémoire ancestrale indifférenciée, des mémoires transgénérationnelles, de la mémoire intra-utérine et des mémoires de l’imprégnation, c’est-à-dire la période de la naissance à cent jours. L’empilage chaotique de ces inconscients conditionne toutes les relations ; les souffrances chroniques du genou sont le résultat de dysharmonie entre certaines des profondeurs amalgamées en lui et de la confusion entre des temps différents. L’articulation est fragile parce que complexe, cette complexité étant relative au manque de séparation entre les consciences impliquées, et pourtant, elle doit supporter le poids de presque tout le corps. C’est la raison pour laquelle Kobayashi sensei était farouchement opposé à la marche en shiko. Il démontrait le suwari waza à partir d’un strict seiza en disant que les genoux n’avaient pas à compenser le manque de mobilité des hanches. Il attribuait les nombreuses souffrances de genou des « vieux » aikidoka à cette marche à genou qu’il exécrait. Il liait systématiquement la marche en shiko avec le fait d’être penché en avant, attribuant cette façon de se déplacer au sol et ce qu’il considérait comme un défaut postural, à un blocage sacro-iliaque et ce qui en résulte inévitablement, l’incapacité d’évolution de la conscience corporelle3. Cette réclusion de l’individu dans sa conscience psychique le rend dépendant du système puisque c’est dans lui qu’elle s’est construite, ce qui faisait dire à Kobayashi sensei que l’aikido devait être pratiqué avec un shisei parfaitement droit, le regard éloigné, à défaut de quoi il formait des esclaves au lieu de libérer les individus. Cette affirmation peut sembler ici très téméraire, au vu des pratiques les plus courantes, mais je me la permets tout en m’en excusant car il était péremptoire sur ce point. La première chose qu’il fit pour moi est de m’interdire le shiko, et la seconde, de combattre toute flexion du corps en avant dans l’exécution des techniques.

Je compris au fil des années qu’il avait une certaine culture psychanalytique, qu’il citait Freud comme il puisait dans la tradition chrétienne, dans le bouddhisme ou le shintoïsme avec le pragmatisme de ceux qui n’ont rien à prouver. En tout état de cause, cet éclectisme des références mettait en évidence un point : il parlait de la dimension symbolique et de sa puissante action sur nos consciences. Il en parlait au-delà des frontières culturelles ou ethnologiques, dans une perspective universaliste imprégnée de shinto. Il divisait en conscient et inconscient l’être humain comme le monde, chaque unité conscientielle comprenant un conscient, un inconscient, une mémoire, l’unité conscientielle étant en elle-même une profondeur de la conscience corporelle. Mon japonais de l’époque ne me permettait pas d’être toujours très sûr de ce qu’il disait alors mais je l’ai entendu si souvent aborder cette question de la puissance du symbole ensuite que j’ai pu combler mes lacunes dans la compréhension du discours de ce moment là, moment qui fut au sens propre initiatique pour moi.
Je compris tout de suite qu’il me parlait là d’une pratique décisive pour lui, tenant une place importante dans sa recherche, et qui était indispensable à ma formation. J’étais surpris qu’il n’en parle pas en cours réguliers, qu’il ne l’enseigne pas de manière ouverte. Il est vrai que peu à peu, mon écoute se modifia et que je perçus qu’à chaque cours d’aikido, il traitait ce sujet par des allusions, des sous-entendus à l’intention de « qui voudrait entendre ». Ces phrases laconiques « nikyo fait du bien à votre foie », « sankyo renforce votre poumon », « le plus important, c’est la posture », « la douleur ressentie pendant une technique bien exécutée ne blesse pas le corps et modifie la conscience », « nikyo ura fait mal et cela rend plus intelligent » etc., résonnèrent différemment pour moi.

Ce jour là, ma surprise passée, je me déclarai prêt à faire ce qu’il fallait pour devenir le professeur d’aikido authentique que j’avais toujours rêvé d’être et lui demandai donc de but en blanc par où commencer. Je m’attendais à une réponse complexe, concernant une pratique mystérieuse et la réponse fut pour le moins étonnante : « A la fin du kihon debout, il y a ce geste “bras au ciel et vibration des mains”. Vous allez commencer par là, chaque jour pendant trente minutes, mais en bas, vous mettrez cette posture ». Il se leva et me montra ritsuzen. Je fus presque déçu que la pratique proposée soit d’une telle simplicité. Je n’avais, comme tous à l’époque, comme beaucoup de pratiquants encore aujourd’hui, aucune idée de l’effet réel de ces techniques que contenait le kihon, de l’existence de leurs pléiades de corollaires, et je n’avais qu’une connaissance très superficielle de la signification et de la portée du misogi4. A la première tentative, je découvris avec stupeur que tenir les bras en l’air immobile plus de dix minutes était de l’ordre de l’impossible et que le ritsuzen était l’enfer des jambes. En fait, je tombai des nues et mesurai le niveau incommensurable de mon ignorance. Il nous faisait pratiquer à chaque cours d’aikido depuis des années une série d’exercices que nous prenions pour un vague échauffement teinté d’un peu d’exotisme. En fait, il s’agissait de la base d’un travail intérieur qui allait m’emporter vers des horizons insoupçonnés. Le kihon d’aikitaiso est un livre écrit dans le corps. Il est d’ailleurs affligeant de noter que nombre de prétendus élèves de ce maître considèrent encore ce qui a constitué la pierre fondatrice de son enseignement comme un échauffement ou une gymnastique énergétique. D’ailleurs, le seul emploi de ces mots le mettait en colère et provoquait immanquablement la réplique : « Cela n’a rien à voir avec un échauffement, c’est cela l’aikido ! » et il ne voulait pas que l’on dissocie « taiso» d’ « aiki », insistant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une simple gymnastique mais d’actions qui impliquent la totalité corps-esprit.

Article écrit par André Cognard pour  la revue AikidoJournal numéro 48, du 30 novembre 2013

AikidoJournal 48